Mercredi 27 janvier 2010 3 27 /01 /2010 15:43
Lorsque les femmes des harems tombaient amoureuses,
elles le disaient au travers des fleurs

 
Le langage des fleurs existe réellement. Il nous vient vraisemblablement de Perse, et plus précisément des sérails des sultans du Moyen-Age. En Europe, ce langage nous est parvenu au travers des lettres de Lady Mary Wortley Montagu, aristocrate anglaise. Ayant vécut de 1716 à 1718 à Istanbul, elle eut accès, en tant que femme de l’ambassadeur d’Angleterre, au harem du sultan où elle découvrit notamment l’art de la communication par les fleurs.

 

Ce que l’on appelle aujourd’hui «le langage des fleurs», se nommait en Turquie «Selam», terme dérivé du mot turque Selamlik, qui désignait la partie de la maison réservée aux hommes.

Le Selam, langage des fleurs, était très complexe. En effet, pour s’exprimer le plus précisément possible, il était important de veiller non seulement à la sorte et à la couleur des fleurs, mais aussi à leur nombre au sein du bouquet, à leur stade de floraison et à l’association faite avec d’autres fleurs dans le vase. Le mélange parfait des éléments rendait le message étonnement précis et permettait d’une part d’exprimer la passion, l’amour, l’amitié et le souhait d’un rendez-vous, et offrait d’autre part la possibilité de formuler des petits secrets ou même des reproches. Autrement dit, lorsqu’une femme d’un harem était mécontente, elle n’exprimait pas sa colère oralement, mais « floralement » par le biais d’un bouquet.

que les femmes du harem maîtrisaient parfaitement.



Le langage des fleurs 


Le langage des fleurs existe réellement. Il nous vient vraisemblablement de Perse, et plus précisément des sérails des sultans du Moyen-Age. En Europe, ce langage nous est parvenu au travers des lettres de Lady Mary.


Epouse de l’ambassadeur d’Angleterre, elle vécut de 1716 à 1718 à Istanbul où elle découvrit la communication par les fleurs; un art parfaitement maîtrisé par les femmes des harems qu’elle rencontra lors de ses visites en ces lieux clos. Ce que l’on appelle aujourd’hui «le langage des fleurs», se nommait en Turquie «Selam», terme dérivé du mot turque Selamlik, qui désignait la partie de la maison réservée aux hommes. 
Le Selam, langage des fleurs, était très complexe. En effet, pour s’exprimer le plus précisément possible, il était important de veiller non seulement à la sorte et à la couleur des fleurs, mais aussi à leur nombre au sein du bouquet, à leur stade de floraison et à l’association faite avec d’autres fleurs dans le vase.

Le mélange parfait des éléments rendait le message étonnement précis et permettait d’une part d’exprimer la passion, l’amour, l’amitié et le souhait d’un rendez-vous, et offrait d’autre part la possibilité de formuler des petits secrets ou même des reproches. Autrement dit, lorsqu’une femme d’un harem était mécontente, elle n’exprimait pas sa colère oralement, mais «floralement» par le biais d’un bouquet. 

Le premier ouvrage sur le langage des fleurs vient toutefois de France. C’est ici qu’une certaine Charlotte de Latour fit publier, en 1919, un ouvrage dans lequel elle expliqua la signification des diverses fleurs. D’après elle, les asters étaient synonymes d’arrière-pensées alors que les narcisses exprimaient l’égoïsme, les pivoines la honte. 
Devenu best-seller, cet ouvrage a incité d’autres écrivains dans divers pays à écrire leur propre livre à ce sujet. Au début, ils s’inspirèrent plus ou moins de l’œuvre de Madame de Latour pour s’en éloigner peu à peu et y ajouter leurs propres interprétations correspondant aux coutumes de leur pays. En Angleterre notamment, on supprima tout ce qui aurait pu être choquant.
Le langage des fleurs s’embrouilla définitivement lorsque les Américains le découvrirent. Un grand nombre des noms communs anglais des fleurs n’ayant pas d’équivalents américains, la même fleur fut mentionnée à plusieurs reprises et parfois même sous différentes appellations dans le même ouvrage.
Voici pourquoi le langage des fleurs de Madame de Latour est aujourd’hui encore celui que l’on utilise le plus souvent. Le petit abécédaire suivant vous révèle les significations de quelques fleurs fréquentes :


Ancolie:
 folie
Anémone: dévouement, méfiance
Aster: arrière-pensées
Bleuet: tendresse
Bouquet de fleurs: geste galant
Boutons de rose (blanche): cœur à la recherche d’amour
Bruyère: solitude
Campanule (bleue): persistance
Clématite: ruse
Eglantier: poésie
Fleur d’oranger: virginité
Fleur de cerisier: bonne éducation
Fleur de la Passion: foi
Fougère: franchise, rêverie
Fritillaire impériale: puissance
Genêt: pureté
Giroflée (rouge clair): divinité
Giroflée: dignité
Giroflée jaune: éclat
Gueule-de-loup: vanité
Gui: résolution
Hortensia: froideur
Houblon: injustice
Iris: message
Iris: nouvelle
Jacinthe: bienveillance
Jasmin: amabilité
Jonquille: avidité
Laurier-cerise: infidélité
Lavande: méfiance
Lilas: premiers sentiments d’amour
Lotus: éloquence
Lys: majesté
Marguerite: innocence
Mauve: charme
Muguet: retour du bonheur
Myosotis: ne m’oublie pas
Myrte: mariage
Narcisse: égoïsme
Œillet (blanc) : talent
Œillet (jaune): mépris
Œillet (rouge): amour pur et profond
Œillet: éternelle beauté
Œillet sauvage: finesse
Pâquerette: innocence
Pavot: consolation
Pensée: duplicité
Perce-neige: coup de foudre
Pervenche: doux souvenirs
Pétales de rose: discrétion
Pétunia: surprise
Pied d’alouette: superficialité
Pivoine: honte
Primevère: jeunesse
Renoncule: attrait divin
Romarin: ta présence me stimule
Rose (blanche): silence
Rose (rouge, individuelle): déclaration d’amour
Rose pompon: amour voluptueux
Rosier sauvage: simplicité
Souci: jalousie, désespoir
Tagète: horreur, répulsion
Thym: activité
Tournesol: richesse
Tubéreuse: volupté
Tulipe: déclaration d’amour
Violette: modestie

Ps: Fleurop.ch est ma source

Par Lÿ - Publié dans : Parfum d'Orient - Communauté : Eclectique
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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /2009 14:48
Il n'est pas vrai qu'on soit orgueilleux d'aimer tant,
Et que d'un œil d'aigle on regarde
Les passants affairés, indifférents, contents,
Noyés de lumière blafarde.


Il n'est pas vrai qu'un grave et poignardant amour
Isole noblement le rêve;
Nul ne dit les combats dont l'assaille sans trêve
Le désir, conflit sombre et sourd!


Il n'est pas vrai que l'âme altière et transportée
Bénisse son cruel fardeau.
Même si l'on paraît éblouie et hantée,
L'on ne vit qu'en courbant le dos.


Comment se réjouir d'avoir livré sa chance
À l'étranger vague et secret
Qui, selon sa rieuse ou grave nonchalance,

Nous emmêle à son sort distrait?

— Ah ! pouvoir n'aimer pas celui qu'on aime! N'être
Pas l'esclave d'un beau vivant!
Vivre libre, espérer, choisir, vouloir, connaître!
Fendre l'azur comme le vent!


Ne pas être liée avec de durs cordages,
Secs et fermés comme des poings,
Au charme inévitable et fortuit d'un visage,
Qu'on eût pu ne rencontrer point!


N'avoir pas transféré sa digne solitude,
Unique et nombreuse à la fois,
Dans un corps dont les yeux, la voix, la lassitude
Semblent sacrés ou bien narquois!


Ne pas être obligée à constater sans cesse
Que rien ne nous est plus soumis,
Et que, ne nous laissant qu'une atroce paresse,
Notre cœur bat dans l'ennemi!...
Par Lÿ - Publié dans : Ecriture - Communauté : Eclectique
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Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /2009 17:27
Abraham's Sacrifice
Turkish, 1583
Par Lÿ - Publié dans : Culture Orient - Communauté : Eclectique
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Lundi 19 octobre 2009 1 19 /10 /2009 16:16

“C’est l’essaim des Djinns qui passe, et tourbillone en sifflant “

Victor Hugo inspire aujourd’hui cette image comme il a inspiré le poème symphonique du même nom de César Franck

djinnlemonde.1217237173.jpg


Murs, ville
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C'est  l'
haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu'une flamme
Toujours suit.

La
voix plus haute
Semble un grelot.
D'un nain qui saute
C'est le galop.
Il fuit, s'élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d'un flot.

La rumeur approche,
L'écho la redit.
C'est comme la cloche
D'un couvent maudit,
Comme un bruit de foule
Qui tonne et qui roule
Et tantôt s'écroule
Et tantôt grandit.

Dieu! La voix sépulcrale
Des Djinns!... - Quel bruit ils font!
Fuyons sous la spirale
De l'escalier profond!
Déjà s'éteint ma lampe,
Et l'ombre de la
rampe..
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu'au plafond.

C'est l'essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant.
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau lourd et rapide,
Volant dans l'espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près! - Tenons fermée
Cette salle ou nous les narguons
Quel bruit dehors! Hideuse armée
De vampires et de dragons!
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu'une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée,
Tremble, à déraciner ses gonds.

Cris de l'enfer! voix qui hurle et qui pleure!
L'horrible essaim, poussé par l'aquillon,
Sans doute, o ciel! s'abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l'on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu'il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon!

Prophète! Si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J'irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs!
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d'étincelles,
Et qu'en vain l'
ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs!

Ils sont passés! - Leur cohorte
S'envole et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L'air est plein d'un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés!

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît.
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l'on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d'une voix grêle
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d'un vieux toit.

D'étranges syllabes
Nous viennent encor.
Ainsi, des Arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s'élève,
Et l'enfant qui rêve
Fait des rêves d'or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leur pas;
Leur essaim gronde;
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu'on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s'endort,
C'est la vague
Sur le bord;
C'est la plainte
Presque éteinte
D'une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit...
J'écoute: -
Tout fuit,
Tout passe;
L'espace
Efface
Le bruit.

Victor Hugo, Les Orientales (1829)

Par Lÿ - Publié dans : Ecriture - Communauté : Eclectique
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Lundi 19 octobre 2009 1 19 /10 /2009 16:12

III - Les têtes du sérail

O horrible ! o horrible ! most horrible !
Shakespeare, Hamlet.

On a cru devoir réimprimer cette ode telle qu'elle a été composée et 
publiée en juin 1826, à l'époque du désastre de Missolonghi. 
Il est important de se rappeler, en la lisant, 
que tous les journaux d'Europe annoncèrent alors la mort de Canaris, 
tué dans son brûlot par une bombe turque, devant la ville qu'il venait secourir. 
Depuis, cette nouvelle fatale a été heureusement démentie.

I

Le dôme obscur des nuits, semé d'astres sans nombre,
Se mirait dans la mer resplendissante et sombre ;
La riante Stamboul, le front d'étoiles voilé,
Semblait, couchée au bord du golfe qui l'inonde,
Entre les feux du ciel et les reflets de l'onde,
Dormir dans un globe étoilé.

On eût dit la cité dont les esprits nocturnes
Bâtissent dans les airs les palais taciturnes,
À voir ses grands harems, séjours des longs ennuis,
Ses dômes bleus, pareils au ciel qui les colore,
Et leurs mille croissants, que semblaient faire éclore
Les rayons du croissant des nuits.

L'il distinguait les tours par leurs angles marquées,
Les maisons aux toits plats, les flèches des mosquées,
Les moresques balcons en trèfles découpés,
Les vitraux, se cachant sous des grilles discrètes,
Et les palais dorés, et comme des aigrettes
Les palmiers sur leur front groupés.

Là, de blancs minarets dont l'aiguille s'élance
Tels que des mâts d'ivoire armés d'un fer de lance ;
Là, des kiosques peints ; là, des fanaux changeants ;
Et sur le vieux sérail, que ses hauts murs décèlent,
Cent coupoles d'étain, qui dans l'ombre étincellent
Comme des casques de géants !

II

Le sérail...! Cette nuit il tressaillait de joie.
Au son des gais tambours, sur des tapis de soie,
Les sultanes dansaient sous son lambris sacré ;
Et, tel qu'un roi couvert de ses joyaux de fête,
Superbe, il se montrait aux enfants du prophète,
De six mille têtes paré!

Livides, l'il éteint, de noirs cheveux chargés,
Ces têtes couronnaient, sur les créneaux rangées,
Les terrasses de rose et de jasmins en fleur :
Triste comme un ami, comme lui consolante,
La lune, astre des morts, sur leur pâleur sanglante
Répandait sa douce pâleur.

Dominant le sérail, de la porte fatale
Trois d'entre elles marquaient l'ogive orientale ;
Ces têtes, que battait l'aile du noir corbeau,
Semblaient avoir reçu l'atteinte meurtrière,
L'une dans les combats, l'autre dans la prière,
La dernière dans le tombeau.

On dit qu'alors, tandis qu'immobiles comme elles,
Veillaient stupidement les mornes sentinelles,
Les trois têtes soudain parlèrent ; et leurs voix
Ressemblaient à ces chants qu'on entend dans les rêves,
Aux bruits confus du flot qui s'endort sur les grèves,
Du vent qui s'endort dans les bois !

III
La première voix

" Où suis-je...? mon brûlot ! à la voile ! à la rame !
Frères, Missolonghi fumante nous réclame,
Les Turcs ont investi ses remparts généreux.
Renvoyons leurs vaisseaux à leurs villes lointaines,
Et que ma torche, ô capitaines !
Soit un phare pour vous, soit un foudre pour eux !

" Partons ! Adieu Corinthe et son haut promontoire,
Mers dont chaque rocher porte un nom de victoire,
Écueils de l'Archipel sur tous les flots semés,
Belles îles, des cieux et du printemps chéries,
Qui le jour paraissez des corbeilles fleuries,
La nuit, des vases parfumés !

" Adieu, fière patrie, Hydra, Sparte nouvelle !
Ta jeune liberté par des chants se révèle ;
Des mâts voilent tes murs, ville de matelots !
Adieu ! j'aime ton île où notre espoir se fonde,
Tes gazons caressés par l'onde,
Tes rocs battus d'éclairs et rongés par les flots !

" Frères, si je reviens, Missolonghi sauvée,
Qu'une église nouvelle au Christ soit élevée.
Si je meurs, si je tombe en la nuit sans réveil,
Si je verse le sang qui me reste à répandre,
Dans une terre libre allez porter ma cendre,
Et creusez ma tombe au soleil !

" Missolonghi ! - Les Turcs ! - Chassons, ô camarades,
Leurs canons de ses forts, leurs flottes de ses rades.
Brûlons le capitan sous son triple canon.
Allons ! que des brûlots l'ongle ardent se prépare.
Sur sa nef, si je m'en empare,
C'est en lettres de feu que j'écrirai mon nom.

" Victoire ! amis...! - Ô ciel ! de mon esquif agile
Une bombe en tombant brise le pont fragile...
Il éclate, il tournoie, il s'ouvre aux flots amers !
Ma bouche crie en vain, par les vagues couverte !
Adieu ! je vais trouver mon linceul d'algue verte,
Mon lit de sable au fond des mers.

" Mais non ! Je me réveille enfin...! Mais quel mystère ?
Quel rêve affreux...! mon bras manque à mon cimeterre.
Quel est donc près de moi ce sombre épouvantail ?
Qu'entends-je au loin...? des churs... sont-ce des voix de femmes ?
Des chants murmurés par des âmes ?
Ces concerts...! suis-je au ciel ? - Du sang... c'est le sérail !

IV
La deuxième voix

" Oui, Canaris, tu vois le sérail et ma tête
Arrachée au cercueil pour orner cette fête.
Les Turcs m'ont poursuivi sous mon tombeau glacé.
Vois ! ces os desséchés sont leur dépouille opime :
Voilà de Botzaris ce qu'au sultan sublime
Le ver du sépulcre a laissé !

" Écoute : Je dormais dans le fond de ma tombe,
Quand un cri m'éveilla : Missolonghi succombe !
Je me lève à demi dans la nuit du trépas ;
J'entends des canons sourds les tonnantes volées,
Les clameurs aux clameurs mêlées,
Les chocs fréquents du fer, le bruit pressé des pas.

" J'entends, dans le combat qui remplissait la ville,
Des voix crier : " Défends d'une horde servile,
Ombre de Botzaris, tes Grecs infortunés ! "
Et moi, pour m'échapper, luttant dans les ténèbres,
J'achevais de briser sur les marbres funèbres
Tous mes ossements décharnés.

" Soudain, comme un volcan, le sol s'embrase et gronde... -
Tout se tait ; - et mon il ouvert pour l'autre monde
Voit ce que nul vivant n'eût pu voir de ses yeux.
De la terre, des flots, du sein profond des flammes,
S'échappaient des tourbillons d'âmes
Qui tombaient dans l'abîme ou s'envolaient aux cieux !

" Les Musulmans vainqueurs dans ma tombe fouillèrent ;
Ils mêlèrent ma tête aux vôtres qu'ils souillèrent.
Dans le sac du Tartare on les jeta sans choix.
Mon corps décapité tressaillit d'allégresse ;
Il me semblait, ami, pour la Croix et la Grèce
Mourir une seconde fois.

" Sur la terre aujourd'hui notre destin s'achève.
Stamboul, pour contempler cette moisson du glaive,
Vile esclave, s'émeut du Fanar aux Sept-Tours ;
Et nos têtes, qu'on livre aux publiques risées,
Sur l'impur sérail exposées,
Repaissent le sultan, convive des vautours !

" Voilà tous nos héros ! Costas le palicare ;
Christo, du mont Olympe ; Hellas, des mers d'Icare ;
Kitzos, qu'aimait Byron, le poète immortel ;
Et cet enfant des monts, notre ami, notre émule,
Mayer, qui rapportait aux fils de Thrasybule
La flèche de Guillaume Tell !

" Mais ces morts inconnus, qui dans nos rangs stoïques
Confondent leurs fronts vils à des fronts héroïques,
Ce sont des fils maudits d'Eblis et de Satan,
Des Turcs, obscur troupeau, foule au sabre asservie,
Esclaves dont on prend la vie,
Quand il manque une tête au compte du sultan !

" Semblable au Minotaure inventé par nos pères,
Un homme est seul vivant dans ces hideux repaires,
Qui montrent nos lambeaux aux peuples à genoux ;
Car les autres témoins de ces fêtes fétides,
Ses eunuques impurs, ses muets homicides,
Ami, sont aussi morts que nous.

" Quels sont ces cris...? - C'est l'heure où ses plaisirs infâmes
Ont réclamé nos surs, nos filles et nos femmes.
Ces fleurs vont se flétrir à son souffle inhumain.
Le tigre impérial, rugissant dans sa joie,
Tour à tour compte chaque proie,
Nos vierges cette nuit, et nos têtes demain ! "

V
La troisième voix

" Ô mes frères ! Joseph, évêque, vous salue.
Missolonghi n'est plus ! À sa mort résolue,
Elle a fui la famine et son venin rongeur.
Enveloppant les Turcs dans son malheur suprême,
Formidable victime, elle a mis elle-même
La flamme à son bûcher vengeur.

" Voyant depuis vingt jours notre ville affamée,
J'ai crié : " Venez tous ; il est temps, peuple, armée !
Dans le saint sacrifice il faut nous dire adieu.
Recevez de mes mains, à la table céleste,
Le seul aliment qui nous reste,
Le pain qui nourrit l'âme et la transforme en dieu !"

" Quelle communion ! Des mourants immobiles,
Cherchant l'hostie offerte à leurs lèvres débiles,
Des soldats défaillants, mais encor redoutés,
Des femmes, des vieillards, des vierges désolées,
Et sur le sein flétri des mères mutilées
Des enfants de sang allaités !

" La nuit vint, on partit ; mais les Turcs dans les ombres
Assiégèrent bientôt nos morts et nos décombres.
Mon église s'ouvrit à leurs pas inquiets.
Sur un débris d'autel, leur dernière conquête,
Un sabre fit rouler ma tête...
J'ignore quelle main me frappa : je priais.

" Frères, plaignez Mahmoud ! Né dans sa loi barbare,
Des hommes et de Dieu son pouvoir le sépare.
Son aveugle regard ne s'ouvre pas au ciel.
Sa couronne fatale, et toujours chancelante,
Porte à chaque fleuron une tête sanglante ;
Et peut-être il n'est pas cruel !

" Le malheureux, en proie, aux terreurs implacables,
Perd pour l'éternité ses jours irrévocables.
Rien ne marque pour lui les matins et les soirs.
Toujours l'ennui ! Semblable aux idoles qu'ils dorent,
Ses esclaves de loin l'adorent,
Et le fouet d'un spahi règle leurs encensoirs.

" Mais pour vous tout est joie, honneur, fête, victoire.
Sur la terre vaincus, vous vaincrez dans l'histoire.
Frères, Dieu vous bénit sur le sérail fumant.
Vos gloires par la mort ne sont pas étouffées :
Vos têtes sans tombeaux deviennent vos trophées ;
Vos débris sont un monument !

" Que l'apostat surtout vous envie ! Anathème
Au chrétien qui souilla l'eau sainte du baptême !
Sur le livre de vie en vain il fut compté :
Nul ange ne l'attend dans les cieux où nous sommes ;
Et son nom, exécré des hommes,
Sera, comme un poison, des bouches rejeté !

" Et toi, chrétienne Europe, entends nos voix plaintives.
Jadis, pour nous sauver, saint Louis vers nos rives
Eût de ses chevaliers guidé l'arrière-ban.
Choisis enfin, avant que ton Dieu ne se lève,
De Jésus et d'Omar, de la croix et du glaive,
De l'auréole et du turban. "

VI

Oui, Botzaris, Joseph, Canaris, ombres saintes,
Elle entendra vos voix, par le trépas éteintes ;
Elle verra le signe empreint sur votre front ;
Et soupirant ensemble un chant expiatoire,
À vos débris sanglants portant leur double gloire,
Sur la harpe et le luth les deux Grèces diront :

" Hélas ! vous êtes saints et vous êtes sublimes,
Confesseurs, demi-dieux, fraternelles victimes !
Votre bras aux combats s'est longtemps signalé ;
Morts, vous êtes tous trois souillés par des mains viles.
Voici votre Calvaire après vos Thermopyles ;
Pour tous les dévouements votre sang a coulé !

" Ah ! si l'Europe en deuil, qu'un sang si pur menace,
Ne suit jusqu'au sérail le chemin qu'il lui trace,
Le Seigneur la réserve à d'amers repentirs.
Marin, prêtre, soldat, nos autels vous demandent ;
Car l'Olympe et le Ciel à la fois vous attendent,
Pléiade de héros ! Trinité de martyrs ! "

Par Lÿ - Publié dans : Ecriture
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