Jeudi 10 décembre 2009
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Il n'est pas vrai qu'on soit orgueilleux d'aimer
tant,
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Et que d'un œil d'aigle on
regarde
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Les passants affairés, indifférents,
contents,
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Noyés de lumière
blafarde.
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Il n'est pas vrai qu'un grave et poignardant
amour
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Isole noblement le
rêve;
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Nul ne dit les combats dont l'assaille sans
trêve
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Le désir, conflit sombre et
sourd!
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Il n'est pas vrai que l'âme altière et transportée
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Bénisse son cruel fardeau.
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Même si l'on paraît éblouie et hantée,
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L'on ne vit qu'en courbant le dos.
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Comment se réjouir d'avoir livré sa chance
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À l'étranger vague et secret
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Qui, selon sa rieuse ou grave nonchalance,
Nous emmêle à son sort distrait?
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— Ah ! pouvoir n'aimer pas celui qu'on aime! N'être
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Pas l'esclave d'un beau vivant!
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Vivre libre, espérer, choisir, vouloir, connaître!
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Fendre l'azur comme le vent!
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Ne pas être liée avec de durs cordages,
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Secs et fermés comme des poings,
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Au charme inévitable et fortuit d'un visage,
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Qu'on eût pu ne rencontrer point!
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N'avoir pas transféré sa digne solitude,
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Unique et nombreuse à la fois,
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Dans un corps dont les yeux, la voix, la lassitude
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Semblent sacrés ou bien narquois!
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Ne pas être obligée à constater sans cesse
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Que rien ne nous est plus soumis,
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Et que, ne nous laissant qu'une atroce paresse,
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Notre cœur bat dans l'ennemi!...
Par Lÿ
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Publié dans : Ecriture
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