Dans les années 80, Idir est un petit garçon fasciné par les quartiers pavillonnaires des « Français ». Les commémorations du Bicentenaire de la Révolution font de lui un sans-culotte comme les autres…
En 1989, j’avais neuf ans. J’habitais à la Sablière, une cité SNCF de Marocains, la seule de Bondy Sud, qui comme chacun sait, est le quartier le plus joli de la ville, avec des pavillons, des enfants blonds et de l’herbe comme dans les séries américaines. C’était l’époque où la France commençait tout juste à se dire qu’un truc n’allait pas. Les ouvriers maghrébins venus, comme d'autres ouvriers d’autres contrées, reconstruire le pays après la guerre, sont restés après les travaux, ces cons. Pire ! Ils se multiplient comme les petits pains dans la sainte main de Jésus : ils font des gosses !
Dans l’école où j’allais, on était donc toujours un ou deux Mohamed par classe. Qu’est-ce qu’on s’en mangeait des « t’es sale », « bougnoulou » ou « sale Arabe » ! Oh c’est rien, on était des enfants, heureux avec un bout de bois et un Mister Freeze. Mais nos camarades nous faisaient bien comprendre qu’on n’était pas comme eux, que nous n’étions pas français. Moi, je concevais à peu près le principe. C’est vrai après tout, qu’est-ce qu’on foutait là ? ! La maîtresse nous avait appris qu’un super grand videur de boîte de nuit nous avait mis à la porte de Poitiers à grands coups de marteau, il y a je ne sais pas combien de temps.
Puis c’est vrai que nous n’étions pas pareils. Moi, j’adorais aller chez les Français du Parc, le quartier pavillonnaire, j’avais l’impression de voyager. C’était exotique ces maisons avec un escalier à l’intérieur et des chambres individuelles que mes petits camarades ne partageaient pas avec leurs frères et sœurs. Alors que les appartements de la cité, t’en avais vu un, tu les avais tous vu niveau déco. Il y avait toujours un portrait de Bruce Lee accroché dans le salon et une grosse clef en or avec des crochets pour y suspendre les trousseaux, et bien sûr, le martinet.
J’en aurais fait un complexe d’infériorité s’il n’y avait pas eu le bled chaque été. L’Algérie des années 1980 c’était trop bien ! On était les enfants les plus heureux de la terre. Libre comme Tom Sawyer un jour d’examen. Une fois, mon grand frère et moi gambadions dans les montagnes depuis l’aube quand un serpent nous chercha querelle. Le frangin lui croqua la tête. Il avait vu Isaiah Edouards le faire avec un crotale dans « La petite maison dans la prairie ».
Le soir, assis parmi les étoiles, dans la cour d’une maison faite en paille et en caca de vache, nous écoutions grand-mère chanter en kabyle pendant qu’elle préparait la galette. C’était un chant guerrier, celui que les femmes du village avaient composé dans le temps spécialement pour grand-père, mort au champ d’honneur pour que vive l’Algérie.
Grand-mère racontait cette histoire incroyable : nous, les Algériens, avions combattu pour être libres une grande armée qui nous a opprimés, celle de la France, le pays glacé où je grandissais. D’ailleurs, c’est peut-être un peu pour ça qu’on nous traitait de sale Arabe à l’école. Un enfant né en France, mais algérien et fier de l’être, voila donc ce que j’étais à neuf ans.
Mais en 1989, qu’est-ce qu’on apprend à l’école ? La révolution. La vraie, l’unique, la « Grande », comme l’appelait Lénine : La Révolution française. La France commémorait 1789, le bicentenaire. Une époque merveilleuse, mes enfants. Tous les jours on bouffait de la révolution, à la télé, à l’école, dans les journaux qu’on ne savait pas encore très bien lire. Ce pauvre en cocarde tricolore qu’on voyait partout et qui a mis fin à l’injustice et à l’oppression des nobles en prenant la Bastille me fascinait. Lui qui n’avait même pas un slip à se mettre, ce sans-culotte, avait battu les armées de tous les rois d’Europe à Valmy pour que la liberté, l’égalité et la fraternité règnent entre tous les hommes de la terre. Musulmans et Gitans compris disaient les Droits de l’homme. C’était lumineux !
En classe on chantait la Carmagnole, Ah ça ira, le chant de guerre de l’armée du Rhin, l’hymne nationale de l’OM, la sainte Marseillaise. Le jour du mardi gras 1989, tous les enfants de Bondy Sud étaient déguisés pour célébrer la révolution. J’avais le costume de paysan français le plus moche de toutes les écoles de France : un jogging blanc, un K-way bleu, un foulard rouge enroulé autour de la taille et sur la tête un bonnet « frigo », comme l’appelait maman. Elle me l’avait tricoté d’une couleur que je n’ai jamais plus revue depuis, une sorte de mauve qui tirait sur le rose bonbon avec des nuances de bleu anthracite. Mais qu’importait ma tenue de bledard de la révolution, j’étais désormais, moi aussi, comme les petits Français, un enfant de 1789.
J’étais tellement à fond que j’avais volé pour l’occasion la fourche en fer forgé de papa. Elle était tellement lourde que je pouvais à peine la soulever, ce qui a bien facilité la tâche de mon père qui me coursa claquette à la main dans tout le défilé pour tenter de la récupérer, sous les yeux écarquillés de l’éducation nationale et de ses représentants. Mais à bas l’oppression ! j’ai envie de dire. A bas les privilèges paternels ! Vive la révolution ! Tahia djazair ! J’ai défié papa tel le peuple parisien affrontant la Bastille.
Ah bonheur ! Père a été, lui aussi, à la hauteur des célébrations. On a joué à son jeu préféré : le jeu de paumes. Enfin les siennes, bien calleuses et bien sonores sur ma joue. Ma punition pour avoir transpercer à coup de fourche le popotin bien gras d’un affameur du peuple, un privilégié, un camarade de CE2 déguisé en aristocrate.
1989, vraiment révolutionnaire. Je quittai la cité pour un joli pavillon que papa avait acheté – en partie grâce aux économies réalisées sur mon costume fait
maison. Le 14 Juillet fut le clou du spectacle de cette belle année. Père, ce héros fulgurant, a ramené toute la famille au Trocadéro. Il m’a payé la plus grosse et la plus délicieuse barbe à
papa du monde. Et j’y ai vu le feu d’artifice du siècle, juste devant la tour Eiffel que je voyais de mes propres yeux pour la première fois.
Paris ce n’était donc pas Barbès. Le peuple autour de nous était heureux et fier d’être les descendants de cette révolution. La coupe du Monde 98, à coté, c’est de la chips, une plaisanterie.
La France je vous dis, c’était quelque chose en 1989. Il m’aura donc fallu un costume bleu, blanc, rouge de péruvien et un feu d’artifice à deux millions pour m’épanouir pleinement dans ma
double nationalité.
J’en connais un, il a fait dix fois pire pour « s’intégrer ». Un nerveux qui laissait personne dormir. Il a foutu un bocson pas possible dans le monde, comme t’en vois qu’un par siècle des comme ça. Un étranger avec un nom bizarre qui a fait l’école en France, comme vous et moi. Ses camarades lui rappelaient chaque jour de la plus insultante des façons, qu’en qualité de boursier, ce métèque mangeait sur le dos de la France. Eduqué, nourri, logé et habillé par la patrie, cet enfant détestait pourtant de toute son âme les Français et ce pays froid qui avait conquis le sien, une terre baignée par le soleil et la Méditerranée. Devenu jeune homme, il s’est juré de se venger de la France et de lui faire payer les malheurs qu’elle a causés aux siens.
Avec le temps, il a un peu changé d’avis. Il s’est plutôt pas mal intégré au point de devenir le Français le plus célèbre de l’univers. Heureusement, Napoléon Ier n’était pas très rancunier.
Idir Hocini
Source: BondyBlog
Un cinéma indien qui reste attaché à ses codes tout en se faisant plus accessible aux autres cultures. C’est l’image que renvoie My Name is Khan de Karan Johar. Shah Rukh Kahn, demi-dieu à Bollywood, prête ses traits au héros de ce film, sorti en France ce mercredi, qui part en croisade dans l’Amérique post-11-Septembre pour faire savoir qu’islam ne rime pas avec terrorisme.
Des stars indiennes pour un film engagé et ouvert sur le monde
My Name is Khan est un film qui a gardé son identité bollywoodienne : long et attentif à la bande originale. Mais Johar a décidé de passer outre les scènes de danse dans ce road-movie. Car rencontrer l’homme le plus puissant de la planète n’est pas à la portée de tous. La première partie du long métrage, comme souvent dans les films indiens, installe avec force et détails l’intrigue dans un contexte. La seconde la développe. En filigrane, dans ce plaidoyer contre la discrimination dont sont victimes les musulmans depuis le drame du 11-Septembre, c’est surtout le droit à la différence qui est mis en avant. Ce thème est décliné au travers de la maladie du héros qui le rend indifférent aux codes du reste de l’humanité et lui confère une certaine innocence, la seule capable de lui donner l’élan qu’exige le combat dans lequel il s’est engagé. Pour donner de l’ampleur à son propos, Karan Johar le met en résonance avec la situation des Afro-Américains, une population qui est également discriminée et parfois laissée pour compte. My Name is Khan fait notamment allusion aux ravages de Katrina en Louisiane. On peut au passage saluer le génie créatif du scénariste Shibani Bathija qui a réussi à trouver l’équivalent indien d’un célèbre gospel américain.
Hors caméra, l’histoire de Mandira et de Rizvan fait quelque peu écho à celle de Shah Rukh Kahn (SRK), également co-producteur du film à travers sa maison de production Red Chillies Entertainment. Il est musulman et en 2009, il a vécu aux Etats-Unis, ce que vit son héros au début du film. Son patronyme musulman, selon lui, lui a valu quelques désagréments à l’aéroport de Newark (New Jersey). SRK a également épousé une hindoue, Gauri. Un mariage qui en a dérangé plus d’un en Inde et qui a valu au couple des menaces.
Les retournements de situation dans My Name is Khan n’ont rien à envier aux scénarios improbables d’Hollywood. A tel point que l’on peut se demander quelle industrie a inspiré l’autre. Mais l’interrogation est inutile, la première industrie du monde, et la troisième, Hollywood, rétrogradée par Nollywood (le cinéma nigérien) en 2009, utilisent bien évidemment les mêmes ficelles puisqu’elles font recette toutes les deux. A ceci près que les Indiens sont encore moins soucieux de crédibilité. Est-ce nécessaire dans un pays où la vocation première du cinéma est de faire rêver ? Faire réfléchir aussi, comme le montre My Name is Khan, mais le rêve prime. C’est ce postulat de départ qui fait de la dernière création de Karan Johar un bon film, en dépit des critiques (habituelles) qu’on pourrait lui opposer.
Article de afrique.com
"Tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits".
Pour rappeler que la dignité humaine est un droit universel et indivisible, Amnesty International nous présente Dignité : droits humains et pauvreté. Une expo engagée qui pointe
du doigt les violations des droits fondamentaux. Et elles sont nombreuses.
Depuis 50 ans, Amnesty s’emploie à redonner à chacun le respect auquel il a droit. L’exposition, présentée à l’Hôtel de Ville de Paris, s’appuie sur des reportages photos initiés
par feu l'agence L’Œil Public. Les 150 clichés offrent un panorama révoltant de la pauvreté, de l’insécurité et de la répression qui sévissent dans le monde.
Voici une sélection de clichés alarmants à découvrir jusqu’au 3 juillet à l’Hôtel de Ville de Paris.
A ne pas manquer : les rencontre-débats autour de la
campagne "Exigeons la dignité". Le 1er, 15, 21 et 22 juin.
A lire : Dignité, droits humains et
pauvreté, publié par Textuel et Pauvres en droits par Irene Khan, publié par Max Milo
A visiter : le site www.expo-dignite.com



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